Aux Petits d’Augustin, le commerce est un jeu d’enfance - Agglomération de Nevers

Son magasin de jouets est son rêve éveillé. Caroline Augustin-Jovet a ouvert Les Petits d’Augustin comme on prolonge son enfance. Une (belle) histoire de passion et de raison qui a mené la trentenaire neversoise de boutiques éphémères en galerie marchande, et depuis juin place de la République à Varennes-Vauzelles, dans un centre commercial en quête de conte de fées.

La pluie qui douche, ce jour-là, les rares passants sur la place de la République n’éteint ni son sourire ni l’étincelle de bonheur pur dans ses yeux. Même un déluge biblique n’y suffirait pas, comprend-on rapidement en écoutant Caroline Augustin-Jovet, créatrice et gérante des Petits d’Augustin. « Son » magasin de jouets, celui qu’elle imaginait dans sa chambre d’enfant : « C’est un univers qui m’a toujours fait rêver. Toute petite, quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je disais que j’aurais ma boutique de jouets. »

Ni son BTS Commerce international obtenu à Rennes ni son expérience de commerciale en panneaux photovoltaïques, pendant un an et demi, n’ont détourné la Neversoise de son idéal d’enfance. En 2011, elle crée son entreprise, Les Petits d’Augustin : « Mon nom de famille est rare, je voulais qu’il reste. » Son nom et son petit monde de jouets, elle les promène pendant trois ans, serrés avec elle dans un Citroën Jumpy : « Je faisais les marchés touristiques en Bretagne, des boutiques éphémères. Puis, en 2014, j’ai tenu une boutique éphémère dans la galerie marchande de l’Intermarché de Varennes-Vauzelles, et j’y suis restée. »

Dans sa boutique comme avant, Caroline Augustin-Jovet suit une seule ligne directrice : « Je vends ce que j’aime. Je fonctionne au coup de cœur, même si je travaille avec certains fournisseurs depuis le début. Je vais sur les salons, et il y a beaucoup de produits que je découvre grâce aux clients. » Des clients avec lesquels le relationnel transcende la banalité de la transaction commerciale : « Le jouet, le jeu, le vêtement ou les chaussures pour enfants, c’est de l’achat plaisir. »

La belle histoire est mise à l’épreuve quand, en 2017, Intermarché décide de ne pas renouveler le bail des Petits d’Augustin : « Je tenais à rester à Varennes-Vauzelles, je m’y sentais bien. La mairie m’a proposé ce local, qui était auparavant une agence du Crédit agricole. » Quitter le flot de l’ex-RN7 pour une place de la République bien moins passante, s’implanter dans un centre commercial à moitié vide – ou plein, selon l’humeur – ne lui fait pas peur : « J’ai tout de suite pensé que c’était une bonne idée. La mairie voulait redynamiser cette zone commerciale. Et je suis convaincue que j’ai fait le bon choix. Je suis partie de la galerie en janvier, j’ai ouvert ici le 2 juin. Entre-temps, j’ai accouché de mon deuxième enfant. Ma clientèle m’a attendue, et elle m’a suivie. Les Vauzelliens ont la volonté de consommer à Varennes-Vauzelles. »

Place de la République, Caroline Augustin-Jovet a déployé son nid : « Ma boutique est deux fois plus grande qu’avant, et mon loyer est moins cher. J’ai rajouté la confiserie. » Un produit d’appel pour les collégiens voisins, nouveaux venus en sa boutique : « J’aime la relation avec eux, ils me font découvrir des choses. Par exemple, grâce à Lucas, un lycéen, je vais ouvrir un rayon mangas. » D’autres projets se profilent à l’horizon, et la gérante des Petits d’Augustin a bien l’intention de les faire naître et grandir, sous son aile, dans un centre commercial qui se bat pour retrouver une seconde jeunesse : « Même si le bar vient de fermer, il y a des commerces moteurs, comme la pharmacie, la Poste, la banque, la coiffure. L’entente est bonne entre nous, et j’ai été bien accueillie. Je suis très optimiste, j’ai connu cette situation dans la galerie marchande, qui s’est redynamisée. »

 

Une attente et une entente

 

Le centre commercial de la place de la République – le Crot-Cizeau pour les Vauzelliens – a souffert du déclin qui frappe d’innombrables centres-villes. « Huit commerces sont ouverts, sept sont fermés », liste Isabelle Laudet, directrice générale des services de la Ville de Varennes-Vauzelles. L’ouverture appréciée des Petits d’Augustin ne fait pas oublier qu’en quelques mois, l’épicerie Proxi et le bar ont baissé le rideau. La municipalité souhaite inverser la tendance : « Il y a 3 000 habitants autour du centre commercial, un foyer logement, la gendarmerie, des établissements scolaires. L’attente est forte pour la réouverture de l’épicerie. »

Le 11 juillet, le maire, Isabelle Bonnicel, a présenté les projets de la municipalité aux commerçants de la place. Le principal est la création d’une fontaine ludique, avec une multitude de jets sortant du sol et un éclairage aux leds, qui briserait l’uniformité minérale. L’investissement de 150 000 € devrait se concrétiser avant juin 2019, et susciter idéalement une offre de petite restauration : « Quelques tables, des boissons fraîches, des gaufres », imagine Isabelle Laudet. Pour faire vivre ce lieu central, le centre social envisage d’y installer régulièrement des animations pour les jeunes, telles que des structures gonflables ou des jeux en bois. La place est également l’épicentre pressenti pour un partenariat novateur entre la Ville et le groupe Simonneau : « Un véhicule électrique en libre service. »

Le défi central reste la revitalisation commerciale. La municipalité a acheté la licence IV du bar, pour la rétrocéder à un éventuel repreneur, et reste à l’affut des porteurs de projet : « Nous avons été contactés par un boulanger qui souhaite s’installer. Lors de la réunion, les commerçants nous ont dit que, pour créer du flux, il fallait une boulangerie et un marchand de journaux. » Conscients de l’image peu flatteuse renvoyée par leur centre commercial vieillissant, les copropriétaires ont décidé de remplacer le carrelage, à l’automne, puis de refaire l’éclairage.

Isabelle Bonnicel a rencontré, fin juin, le service Commerce de proximité de Nevers Agglomération pour bénéficier de son expertise; elle doit également nouer des contacts avec les chambres consulaires. Des mesures d’accompagnement sont envisagées pour les commerçants. Dans cette perspective, un dossier pourrait être déposé auprès du Fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce (Fisac), déjà sollicité pour le cœur de ville de Nevers grâce à un partenariat entre Nevers Agglomération, la Chambre de commerce et d’industrie, la Chambre des métiers et de l’artisanat et les Vitrines de Nevers.

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