Les PME de l’agglomération neversoise recèlent des savoir-faire méconnus qui rayonnent dans toute la France, voire au-delà. La Tôlerie moderne en est l’illustration parfaite. Dans ses ateliers anonymes de la rue des Champs-Pacaud, l’entreprise fabrique sur mesure des étals de poissonnerie, essentiellement pour la grande distribution. Et bien d’autres choses.

Calée au fond de la zone industrielle Nevers-Saint-Eloi, à la lisière d’un quartier pavillonnaire, la Tôlerie moderne s’épanouit dans une discrétion qui sied à son gérant, Fabrice Brida. Pas de portes ouvertes, pas de fête clinquante, cette année, pour les soixante-dix ans de l’entreprise, qui nage sous les sonars de la médiatisation. Sans une rencontre fortuite dans les locaux de Nevers Agglomération, la PME aurait poursuivi sans émoi sa croisière tranquille. Et gardé pour elle sa belle histoire d’huître perlière.

Au 3 rue des Champs-Pacaud, les longs bâtiments qui accueillaient la Société industrielle de lingerie (SIL) jusqu’à sa liquidation en 2008 ne paient pas de mine. Des camions viennent y charger d’imposants colis pour les acheminer un peu partout en France : des étals de poissonnerie, conçus et réalisés de A à Z par la Tôlerie moderne, qui seront installés dans des magasins indépendants mais, surtout, pour la grande distribution. « On travaille avec toutes les enseignes », précise Fabrice Brida. « On ne fait que du sur-mesure. Les plus grands étals font 30 mètres. » Via SBDF Distribution, également sise rue des Champs-Pacaud, le gérant traite avec les commerciaux : « Les étals partent dans toute la France, mais aussi en Europe, et même au Qatar. »

Le savoir-faire reconnu, qui tient tête à la concurrence italienne et espagnole, a fait décoller la Tôlerie moderne : « Quand j’ai repris l’entreprise, en 2009, il y avait six salariés. Aujourd’hui, nous sommes vingt-huit. » L’expansion a imposé le déménagement depuis le 43 rue des Champs-Pacaud, en 2013 : « Nous sommes passés de 800 à 2 800 m2. »

Découpe au laser, pliage, poinçonnage, soudure, sans oublier le bureau d’études : le travail de l’inox et de l’aluminium n’a plus de secrets pour Fabrice Brida et ses salariés. Les soubresauts de la grande distribution, qui représente l’essentiel du chiffre d’affaires, ont incité le patron à faire valoir l’expertise de la Tôlerie moderne sur d’autres marchés. La fabrication de meubles en aluminium pour l’enseigne Monceau Fleurs est l’exemple d’une diversification salutaire et nécessaire : « Notre chiffre d’affaires était de 1,2 million d’euros en 2017. Il a baissé de 20 %. » La faute au marché, et à l’année présidentielle, synonyme de ressac de l’activité : « C’était mieux quand les élections avaient lieu tous les sept ans », sourit Fabrice Brida.

Parmi ses marchés stables, la Tôlerie moderne peut compter sur les tables de nettoyage utilisées pour désinfecter le matériel des sapeurs-pompiers : « On répond aux appels d’offres des SDIS (Services départementaux d’incendie et de secours, NDLR) depuis longtemps. » Les vastes ateliers ont vu pousser des cabines de peinture et de sablage, dans un souci de maîtriser de bout en bout la réalisation des commandes : « On traite aussi des volets et des radiateurs, pour des particuliers ou des artisans. »

Accaparante, la quête de nouveaux marchés n’est pas la seule préoccupation de Fabrice Brida : « Le problème, c’est que je ne trouve pas de main-d’œuvre. En règle générale, je garde mes apprentis. » Nombre de salariés se sont formés sur le tas : « J’ai embauché des plaquistes, des menuisiers. Cela fait longtemps que je ne regarde plus le CV. Ce qui m’importe, c’est la motivation. Moi-même, je suis autodidacte, alors je fais confiance. »

Bac de dessinateur industriel en poche, Fabrice Brida a été salarié chez un équipementier automobile du Cher avant se mettre à son compte, en 2000, avec un associé : « J’avais ce projet d’installation depuis longtemps. » Quand l’aventure tourne court, il se tourne vers la Tôlerie moderne, dont le patron partait en retraite : « il fallait que je reprenne quelque chose. » Troquer le salariat pour la vie de patron est un choix qu’il regrette à demi-mots, évoquant les « contraintes des clients, des fournisseurs et des salariés ». Le revers de l’indépendance : « J’avais 30 ans, j’étais inconscient. Si c’était à refaire, j’y réfléchirais à deux fois. »

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