L’appel de balle est tentant, en plein Mondial de foot. Un as du ciseau en équipe de France à 18 ans… Dorian Jollet pourrait être le Kylian Mbappé de la coiffure. Même passion précoce, même obstination, même talent : le jeune Nivernais, encore élève au CFA de Marzy, a obtenu un double titre de champion de France qui lui ouvre les portes de la sélection nationale. Et l’autorise à rêver en très grand.

Son exigence fait de lui un juge impitoyable en son miroir. 22 avril, à Angers, finale nationale de l’UNEC Trophy, Dorian Jollet a le moral en berne quand il lâche peigne et ciseau au bout du concours : « En voyant mon travail, j’étais convaincu d’avoir raté ma coiffure. » Les jurés en ont décidé autrement : le Neversois de 18 ans est sacré champion de France, catégories mariée et cabaret (voir photo avec ses modèles).

Le doublé lui ouvre le salon VIP de l’équipe de France de coiffure – avec sa camarade du CFA de Marzy, Victoria Colinot, deuxième de l’UNEC Trophy : « On va commencer les entraînements en septembre », explique posément Dorian Jollet dans son appartement du centre-ville de Nevers. Le jeune homme parle pourtant de son Graal : « Je faisais partie de ces jeunes coiffeurs qui rêvaient à l’équipe de France. C’était presque intouchable, alors je ressens une certaine fierté. »

La sérénité tranche avec l’angoisse confessée des mois passés : « Dès que je prépare un concours, je stresse, je me remets en question et il y a la fatigue qui s’accumule avec les entraînements jusque tard le soir. Pendant le concours, le stress est immense mais j’arrive à le contrôler et à savourer le moment. » Pour se transcender en championnat, Dorian Jollet s’exerce auprès d’un cador capillaire, Jean-Louis Morand, salon Magnolia à Nevers. La journée, quand il n’est pas au CFA à préparer son BP Coiffure, il est au salon Magny’Tiff, à Magny-Cours, où il est entré en deuxième année de CAP : « J’ai pu montrer ce que je savais faire, et Gloria Boureille, la gérante du salon, m’a laissé mon autonomie. Le feeling est bien passé, et une certaine confiance s’est installée. Comme je m’exerçais, j’ai beaucoup progressé. Mes professeurs m’ont parlé du concours de meilleur apprenti de France, et ils m’ont donné envie d’essayer. »

Comme pour beaucoup de coiffeurs, la vocation est arrivée dès la petite enfance : « J’étais fasciné par les cheveux longs, il fallait que je les touche, que je fasse des nattes à l’école, à mes cousines. » Dorian Jollet ne s’est jamais vu d’autre horizon professionnel que la nuque de ses client(e)s : « J’aime le volume, la matière, la couleur. Avec le cheveu, on peut faire ce qu’on veut, c’est un peu comme une sculpture. Mon stage de découverte en 3e dans le salon Sergio Bossi m’a conforté dans ce choix. Je voulais aller au CFA de Marzy, passer un CAP Coiffure. Au collège, ils n’étaient pas d’accord : comme j’avais de très bons résultats, ils voulaient que je fasse un bac général. »

Le collégien s’obstine, et prouve à ses anciens professeurs que l’apprentissage est aussi une voie vers l’excellence. Meilleur apprenti de France, Olympiades des métiers (médaille de bronze), UNEC Trophy, et maintenant l’équipe de France : les succès ne tournent pas la tête de Dorian Jollet mais lui donnent l’envie de regarder vers le haut. « Ce n’est pas parce que je suis pris en équipe de France que je perds la tête. Le plus important, c’est mon diplôme, parce qu’on ne peut pas ouvrir de salon sans BP. »

Mais le salon attendra : « Je veux voir autre chose, voyager en Angleterre ou aux États-Unis, où la coiffure artistique se fait beaucoup. Je veux travailler en free-lance pour des marques, des événements comme le Festival de Cannes ou la Fashion Week. Je suis impatient de finir mes études. Mon rêve le plus ultime (sic), c’est d’avoir mon salon aux États-Unis. »

X