Jour de gloire pour les damnés de l'exil - Agglomération de Nevers

Chassé de ses steppes, débarqué sans repères à Nevers, Angùn est le héros de Jour de gloire, lecture-spectacle jouée à la médiathèque Jean-Jaurès, vendredi 23 mars. Une bouleversante fiction écrite par Cécile Vallet, travailleuse sociale auprès des réfugiés, pour témoigner de l’insondable douleur de l’exil.

Le temps s’est suspendu à la voix de Cécile Vallet, mêlée de poussière, de cendres et de sang. La voix de l’exil, qui tonne et résonne, murmure et tangue sous la cloche chaotique de verre et de métal posée sur la médiathèque Jean-Jaurès. Et avec elle un public captivé. Le piano d’Elouan Abgrall verse de la douceur dans les silences, un baume sur les plaies de Jour de gloire. L’histoire, fictive, d’Angùn, fils des steppes, bercé au rythme immuable des saisons, des vents et des traditions. Sa famille, son clan, son bonheur, tout sombre dans le chaos. Angùn et deux de ses enfants survivent, sont propulsés à des milliers de kilomètres. Au bord de la Loire, à Nevers.

Vivre, revivre après l’hémorragie des deuils, l’arrachement de l’exil. Renaître de terre inconnue. Angùn se bat pour ne pas sombrer, pour ses enfants. La Loire lui rappelle ses steppes indomptables, elle est la confidente de ses tourments, lui répond. Jusqu’au jour de gloire… Intense et étouffant, le texte est « une fiction qui s’est imposée à moi », affirme Cécile Vallet, travailleuse sociale à mi-temps (1) au Centre provisoire d’hébergement (CPH) de Nevers, où sont accueillis les demandeurs d’asile ayant obtenu le statut de réfugié.

Une fiction nourrie de toutes ces vies qu’elle accompagne depuis des années. Des histoires lourdes, douloureuses, difficiles à faire entrer dans un dossier administratif, une grille d’évaluation froide comme un couperet. « On ne part pas de son pays par plaisir. C’est toujours une grande souffrance », a rappelé l’auteur à l’issue de sa représentation proposée par la médiathèque et sa directrice, Isabelle Bayet-Blaessinger, à l’occasion de l’exposition de photos L’Odyssée des migrants (2).

Parmi les réfugiés rencontrés par Cécile Vallet, Nemat Al Khedari était timide et radieuse au milieu des spectateurs, pour lesquels elle avait préparé des grands plats de savoureuses spécialités syriennes. Elle a quitté Damas et son pays en 2012, avec son mari et ses deux enfants, « à cause de la guerre ». Deux ans en Jordanie, avant d’obtenir un sésame pour la France, légalement, sans avoir à connaître l’enfer d’une traversée clandestine et maritime. Pourquoi la France ? « Mon mari y avait fait ses études, il y a vingt-cinq ans », explique-t-elle dans un français fluide. Passée par le CPH, la famille retrouve peu à peu le fil de sa vie : travail pour les parents, études pour les enfants. Mais le sourire de « Nana » se crispe au souvenir d’un racisme récent et à l’évocation des effets de la guerre : « Mon fils a perdu cinq ans à cause de la guerre, ma fille trois ans. »

 

  1. Elle complète son temps à la Ville de Nevers, en tant que guide conférencière au service Animation du patrimoine.
  2. Le fruit de rencontres de jeunes du PAC des Ouches avec des migrants à Calais et en Grèce.
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