Le voilà officiellement dans la cour des grands. Spécialiste de la ferronnerie très haut de gamme, l’Atelier François Pouenat vient d’obtenir le prestigieux label d’État Entreprise du patrimoine vivant. La société vauzellienne est récompensée pour l’excellence de son savoir-faire coté dans le monde entier.

Une table en laiton brûlé destinée à un hôtel de New York. Une vitrine en acier patiné, laiton et verre bombé bientôt prête à partir pour la chocolaterie Alain Ducasse de Tokyo. Dans l’anonymat d’une zone industrielle de Varennes-Vauzelles, ce sont des pièces au rayonnement mondial que conçoit l’Atelier François Pouenat, dont le fichier clients scintille des noms d’hôtels mythiques (Crillon, Plaza Athénée, Ritz) ou du restaurant Alain Ducasse du château de Versailles.

L’entreprise installée depuis sa création en 2007 dans des locaux loués à la CCI est devenue sans bruit ni ostentation un joyau de l’artisanat d’art nivernais. Après la faïencerie neversoise Georges, elle est seulement la seconde de l’agglomération neversoise – et la septième dans la Nièvre – à obtenir le label d’État Entreprise du patrimoine vivant (1). Une distinction que François Pouenat souhaitait décrocher, « pour les aides financières un peu plus importantes » désormais accessibles, mais aussi, voire surtout, pour l’adoubement d’un savoir-faire parmi ses pairs : « C’est une reconnaissance entre nous, ça veut dire qu’on est dans la même cour. Et c’est une satisfaction personnelle, c’est bien pour mes compagnons. »

Histoire de famille

Étonnamment, deux ferronneries Pouenat sont aujourd’hui labellisées Entreprise du patrimoine vivant. La seconde, Pouenat Ferronnier, est à Moulins (Allier), berceau de la famille Pouenat pendant quatre générations : « Mon arrière-grand-père, mon grand-père et mon père étaient ferronniers. J’ai restructuré l’entreprise à Moulins, j’y ai travaillé quinze ans, et je suis parti en laissant mon nom », regrette François Pouenat.

Vivant alors dans la Nièvre, il se relance « tout seul » à Varennes-Vauzelles : « Il m’a fallu presque dix ans pour reconstruire. Cela fait deux ou trois ans que l’entreprise est bien structurée. J’ai onze salariés, des agents commerciaux à Paris, Londres et New York, une direction artistique et une personne chargée des relations presse à Paris. »

À la production, les cinq ferronniers ont tous fait leurs armes chez les compagnons du devoir, « la meilleure école », assure leur patron de 49 ans, lui-même passé par trois ans de compagnonnage. Des salariés soigneusement fidélisés, tant « leur savoir-faire est complexe », sans cesse remis sur le métier : « Il y a un savoir-faire et un état d’esprit. Tout le monde se remet en cause, il nous arrive de refaire la même pièce plusieurs fois. »

L’Atelier s’appuie aussi sur un bureau d’études de deux personnes : « On dessine tout, même les têtes de vis. » La satisfaction du client en quête de perfection est à ce prix : « On travaille pour des architectes, des décorateurs, des designers de renom. On ne fait que du sur-mesure, de la pièce unique ou de la toute petite série. » Les heures de labeur se comptent souvent par centaines pour accoucher de chefs-d’œuvre qui orneront des hôtels, restaurants, ou boutiques forcément de luxe, mais aussi les demeures de richissimes particuliers.

« On va faire le mobilier d’un salon de coiffure très haut de gamme de New York », explique tranquillement François Pouenat, chef d’orchestre, deviseur et VRP : « Mon père avait fait les Arts décoratifs, ça m’a donné une sensibilité qui plaît aux architectes et aux décorateurs. J’ai également beaucoup d’échanges avec les designers. Les clients nous obligent à faire des choses hors normes, c’est une chance. On peut essayer de nouvelles techniques, par exemple quand il faut créer du mobilier pour des yachts de luxe. »

Faiblesse impossible

Dans ce monde himalayen, où une demi-douzaine de ferronniers français se partagent l’oxygène, l’exigence est impitoyable, la faiblesse impossible : « Je suis un peu pénible avec mon équipe car je représente le client. Notre milieu est très fermé, comme les ateliers qui travaillent pour les grandes maisons de couture. Les relations sont très fortes. Ce qui me plaît, c’est de voir des choses extraordinaires, rencontrer des gens de talent,comme Alain Ducasse, avec qui nous travaillons beaucoup. »

L’Atelier François Pouenat investit « tous les deux ans » pour ciseler son outil de production, qui se déploie sur 1 000 m2.baignés de lumière et de la sérénité du travail bien fait. Même en hausse régulière, le chiffre d’affaires (1,5 M€ en 2017) n’autorise pas le repos : « L’activité économique est très difficile. Désormais, même les gens qui ont de l’argent négocient les prix. Alors il faut sans cesse chercher de nouveaux clients. »

Les sept EPV de la Nièvre

Faïencerie Georges, fabrication d’articles en faïence à usage ornemental ou utilitaire, Nevers (labellisée en 2013).
David Lange, fabrication de meubles contemporains, Varzy (2014).
Billebault, fabrication de moulures, marqueterie, placages précieux pour l’encadrement, La Celle-sur-Loire (2014).
Parqueterie Beau-Soleil, fabrication de parquets, marqueteries massives, Saint-Amand-en-Puisaye (2015).
Parasolerie Guy de Jean, fabrication de parapluies et d’ombrelles, Donzy (2016).
Fiatlux, fabrication d’abat-jour et de luminaires, Saint-Pierre-le-Moûtier (2017).
Atelier François Pouenat, ferronnerie d’art, Varennes-Vauzelles (2017).

 

(1) Le label Entreprise du patrimoine vivant a été créé en 2006, « pour distinguer des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence ». Attribuée par le ministère de l’Économie et des Finances, cette « marque de reconnaissance » est valable cinq ans.
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