Fini les trous d’air. Le syndicat mixte qui gère depuis un an l’aéroport du grand Nevers et de la Nièvre veut redonner de la hauteur à un équipement essentiel pour le territoire. Développer l’aviation d’affaires, recréer des lignes régulières, rouvrir un restaurant, multiplier les animations : les ambitions ne manquent pas dans la soute.

Il y a un an à peine, la Ville de Nevers et le Conseil départemental prenaient les commandes de l’aéroport du grand Nevers et de la Nièvre, suite au désengagement de son « pilote », la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de la Nièvre. Une décision mue par l’urgence d’éviter la fermeture d’un « outil formidable pour le territoire », selon Denis Thuriot, maire de Nevers et président du syndicat mixte gestionnaire, lors d’une rencontre avec les usagers (1) de l’aéroport, mercredi 21 janvier.
Le matin même, le comité syndical avait voté à l’unanimité l’ouverture de la « cabine » de pilotage à Nevers Agglomération. Le trio devrait être rejoint dans les prochains mois par la Région Bourgogne-Franche-Comté, qui « a retenu l’aéroport parmi les sept plateformes qu’elle veut développer ». En ouvrant le tour de table à ces deux collectivités, le syndicat mixte entend « augmenter sa capacité d’investissement » (2) pour être à la hauteur de ses ambitions : « L’aéroport est un  atout qu’il faut davantage valoriser. La logique veut que l’on lui donne un plus grand dimensionnement », a insisté Denis Thuriot. « Il devient petit, il manque de locaux. »
Un diagnostic confirmé par les réactions de plusieurs usagers. La donne pourrait être radicalement  bouleversée si les collectivités locales achètent l’immense hangar aéronautique (11 000 m2 !) et ses dépendances jouxtant la piste, côté Nevers ; un site localement connu sous le nom de « Dama », construit par l’armée en 1938 et dont le ministère de la Défense n’aura plus l’usage dans quelques mois.

 

Urgences

Entre la rénovation nécessaire de l’existant et les besoins d’agrandissement, les chantiers ne manquent pas pour redonner un nouveau souffle à l’aéroport. Première urgence, imposée par la Direction générale de l’aviation civile, raboter de 150 m la piste en dur côté Nevers, longue de 1 630 m, ce qui engendrera des travaux à l’autre bout de la piste, côté Fourchambault (l’aéroport est sur les communes de Fourchambault, Marzy et Nevers) ; une étude sera lancée pour en évaluer le coût et les modalités.
Le syndicat espère aussi récupérer le point de passage frontalier (PPF) : « La perte du PPF, c’est environ 30 000 € de recettes en moins, alors que nous avions fait 80 000 € de travaux de mise aux normes. Si nous le récupérons, nous pourrons accueillir à nouveau des vols hors Schengen, ce qui est notamment intéressant pour le circuit de Magny-Cours. »
Avec le recrutement d’un directeur, Arnaud Hervieu, en juin 2017, le syndicat mixte s’est structuré pour redévelopper l’aviation d’affaires, au potentiel sous-exploité : « Les recettes commerciales étaient de 26 000 € en 2017. Nous pouvons passer à 50 000 € cette année », estime le directeur. L’an dernier, l’aéroport a enregistré 400 vols d’affaires et commerciaux, pour des clients tels que le circuit de Magny-Cours, l’USON Rugby Plus, des laboratoires pharmaceutiques, le groupe Tranchant (casino de Pougues-les-Eaux), Arcelor-Mittal (aciéries d’Imphy). Une goutte d’eau dans les 15 000 mouvements annuels d’avions de l’aéroport. À la tête d’une équipe de cinq salariés – un sixième sera recruté pour l’accueil -, Arnaud Hervieu compte aussi sur une ouverture « H24 » de l’aéroport pour « reprendre les vols de greffe (d’organe, NDLR)« ,

 

Grande fête le 3 juin

La relance de l’aéroport passe aussi naturellement par le retour de liaisons aériennes : « Nous devons travailler avec d’autres aéroports comme Châteauroux et la base d’Avord », a insisté Denis Thuriot, tandis qu’Arnaud Hervieu évoquait en aparté un projet de « ligne régulière sur le Sud-Ouest ». Pour faire vivre davantage le site, le syndicat mixte envisage de rouvrir le restaurant, ce qui devrait ravir les nostalgiques du bar des Ailes. « Nous voulons proposer plus d’animations, d’événements, pour que l’aéroport redevienne un lieu de vie et pour montrer qu’il n’est pas réservé à une élite. »
Premier rendez-vous à l’horizon, la Jok’race accueillera, le 21 mars, des chefs d’entreprise du monde entier pour des courses… de voiture. Durant dix-sept jours et nuits de l’année, la piste servira également de terrain d’entraînement aux gendarmes as du volant. Pour le grand public, l’événement sera la fête de l’aéroport, baptisée Nev’Air Aéro, dimanche 3 juin : avions, ULM, parachutistes et drones feront lever les yeux vers le ciel.

(1) Sont implantés trois entreprises (Apex Drone, Centre de parachutisme Paris Nevers et Airplane Consulting) et trois clubs (Aéronautique du Nivernais, Aéroclub des pilotes du Centre et Sensu’Ailes). Une quinzaine d’appareils privés sont également basés à l’aéroport.
(2) 260 000 € de budget de fonctionnement et 120 000 € d’investissement. La Ville de Nevers et le Département contribuent paritairement (60 000 € chacun), et la Direction générale de l’aviation civile verse une subvention de 216 000 €.
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