Humour, décontraction, guitare hawaïenne et partition pour meuleuse… Pince sans rire, le festival Les Pinces à linge a poursuivi son œuvre de démythification de la musique classique à travers l’agglomération de Nevers, du 9 au 13 octobre. Une 4e édition littéralement « déconcertante », au plus près de tous les publics, selon la volonté du quatuor Leonis, partisan d’une musique de chambre avec vue sur la vie.

En T-shirt aux couleurs des Pinces à linge, jeans et chaussures sportswear, le quatuor Leonis s’installe sans façon sur des chaises pliantes, dans un coin de la cour de l’école primaire Romain-Rolland de Varennes-Vauzelles. C’est vendredi, l’école est finie jusqu’à lundi, les enfants se coursent et chahutent, la circulation crée une envahissante bande son. Cauchemar pour quatuor à cordes ? Au contraire, un défi à relever : rendre la musique classique accessible en la descendant de son piédestal. En invitant, aussi, James Brown (I feel good), Johnny Hallyday (Que je t’aime), une pincée de folie tzigane ou irlandaise, pour iriser une « bulle de musique » de 30 minutes. Enfants et parents accrochent, rigolent, applaudissent aux facéties de Leonis, tout en virtuosité décontractée, en loufoquerie maîtrisée.

Ce petit tour vauzellien était le sixième et dernier « concert décalé » du quatuor, qui a baladé une certaine idée de la musique classique à travers l’agglomération de Nevers, d’un cours de danse pour seniors à Gimouille à un entraînement d’athlétisme à la Baratte, en passant par une pause déjeuner au milieu des travailleurs de l’ESAT (établissement et service d’aide par le travail) Fernand-Poirier qui a retourné Alphonse Dervieux (alto) : « Ils étaient 140, avec une qualité d’écoute incroyable. On a senti qu’ils étaient demandeurs. »

Pour son camarade Guillaume Antonini (violon), les concerts décalés illustrent l’esprit des Pinces à linge et d’un quatuor qui emmène « la musique classique en terres inconnues » : « Il faut venir à la rencontre du public, donner une autre image de la musique classique. Il y a toute une formation à faire, le concert traditionnel n’est pas adapté au territoire. » D’où la multiplication des interventions à destination des écoliers – une autre facette du festival adepte de la clef (hors sol) des champs. Dix-neuf écoles ont ainsi reçu la visite des clowns musiciens Daniel Olmos et Etienne Ranger, avec leur famille d’instruments à vent – le fils trompette, la maman tuba, le papa trombone, etc.

Vendredi soir à l’auditorium Jean-Jaurès, samedi soir à la MCNA, les Pinces à linge ont concédé au protocole de tout festival de musique classique – salle obscure, lumières savantes, fauteuils moelleux, entrée payante. Une concession en trompe-l’œil, l’affiche n’ayant de classique que le nom. Ambiance cabaret jazz dans la bonbonnière Jean-Jaurès, avec l’élégance languide des Kaila Sisters, quatuor de cordes et de cuivres qui fait briller la voix moirée de Marie Salvat et la guitare hawaïenne voluptueuse de Paolo Conti. Le lendemain soir, à la MCNA, l’indolence laissait place à la frénésie des Frères Choum, quintet à toque fourrée narrant, à grands coups de cuivres et de machines farfelues, l’histoire d’une fratrie de Géo Trouvetou soviétiques en quête du robot trompettiste. L’occasion rare de voir une meuleuse jouer sa partition dans un déluge d’étincelles.

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