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Samedi 25 et dimanche 26 janvier, la twirleuse neversoise Ana Rodriguez participera au 45e Bâton d’or, à la Maison des Sports de Nevers. Entrer dans l’histoire de cette compétition mythique est le Graal d’une jeune fille au palmarès déjà riche, qui concilie avec grâce études et twirling baton. Une tête bien faite, sage et équilibrée, mais « en mode tigre » dès que le show commence.

Ana Rodriguez (à droite)

« Pour les athlètes, le Bâton d’or, c’est le Graal, c’est plus important qu’un championnat du monde. »

Licenciée depuis deux ans à Libourne, où entraîne Stéphane Vauvard, Ana Rodriguez s’astreint à un week-end par mois jusqu’en Gironde, pour peaufiner les réglages de ses trois entraînements hebdomadaires à Coulanges-lès-Nevers et à Nevers (1)

Elle arrivera demain matin, avant l’aube, à la Maison des sports de Nevers, en ayant sans doute écouté Eye of the tiger dans la voiture maternelle, sur le court chemin depuis la maison familiale en lisière de la ville. Le standard syncopé de Survivor, BO de Rocky 3, est la chanson fétiche d’Ana Rodriguez, 17 ans, princesse du twirling baton : « Avant une compétition, ça booste. Je suis une très grande stressée, mais une fois que je pose le pied sur le praticable, la détermination prend le dessus, je suis en mode tigre. »

Les nuits de la semaine ont été courtes avant le plus important week-end de l’année, le 45e Bâton d’or, compétition internationale de twirling baton accueillie pour la troisième fois en quelques années par Nevers : « Pour les athlètes, c’est le Graal, c’est plus important qu’un championnat du monde. L’an dernier, je suis passée à ça de la finale », grimace-t-elle en montrant son pouce et son index séparés d’un millimètre. Soit 0,1 point de frontière entre purgatoire et promesse du paradis.

Entrer dans l’histoire de son sport, qui ne connaît pas encore les honneurs olympiques et doit encore ferrailler avec l’étiquette de majorettes, est le rêve qui anime Ana Rodriguez depuis ses premiers mouvements de twirleuse, au club de Marzy, sous la douce férule de Brigitte Midrouillet. « Quand j’étais toute petite, j’étais fascinée par les bâtons avec des étoiles et des pompons qu’il y avait à gagner à la pêche aux canards. Ma maman pensait que les bâtons, c’était pour les majorettes et que c’était vulgaire. Et puis un jour, elle a vu dans le journal un article sur un jeune du club de Marzy qui s’était classé 4e aux championnats du monde de twirling baton. C’est comme ça qu’on a découvert que le twirling baton existait, et que ça n’avait rien à voir avec les majorettes. »

De ces premiers pas à Marzy, l’adolescente garde un souvenir ébloui de mini-miss : « On a un peu de maquillage, des paillettes, un justaucorps avec du strass… J’ai tout de suite eu le coup de cœur. » Dès ses premières compétitions, la fillette se distingue, attire l’œil exercé de Stéphanie Rattel, son entraîneur aujourd’hui encore : « Je l’ai suivie au club de Pouilly, puis à celui de La Charité. Je lui dois tout, c’est elle qui m’a formée. » Rapidement, le coach Stéphane Vauvard forme avec Stéphanie Rattel un binôme qui fait décoller les performances d’Ana Rodriguez : « Ils se complètent. Ils sont assez doux, ils m’expliquent bien, et quand je baisse les bras, ils savent me pousser à donner le meilleur de moi-même. Mais sans me crier dessus. Ce ne sont pas des tyrans. »

Inutile en effet d’aiguillonner une jeune fille qui est une bosseuse née : « Quand j’étais petite, j’avais deux entraînements par semaine et je n’ai jamais traîné les pieds pour y aller. Au contraire, je comptais les jours entre les séances. Je suis très persévérante. Quand je m’entraîne, il n’y a pas de pause, c’est travail, travail, travail. Si je ne finis pas écarlate, fatiguée, le cheveu en pétard, ça ne va pas. »

Licenciée depuis deux ans à Libourne, où entraîne Stéphane Vauvard, Ana Rodriguez s’astreint à un week-end par mois jusqu’en Gironde, pour peaufiner les réglages de ses trois entraînements hebdomadaires à Coulanges-lès-Nevers et à Nevers (1). Sans oublier les cours de danse à l’atelier A Petits Pas, avec Laurence Barao, « et les séances d’assouplissement, tous les soirs ». Son corps a esquivé les tourments de la croissance : « J’ai de la chance, je n’ai jamais eu de grave blessure. » Elle ne compte plus, en revanche, les entorses des doigts, le prix des lancers et virevoltes de ses lourds bâtons : « Dans ce sport, les mains prennent cher. »

La vie familiale, elle, s’est accommodée avec bonheur de ce ballet des trajets à travers la France, d’autant plus qu’Eva (12 ans), la sœur d’Ana, twirle elle aussi avec brio… dans un club de région parisienne, Savigny-le-Temple : « Elle a des diamants dans les doigts », sourit fièrement l’aînée, qui entraîne sa cadette à Coulanges-Lès-Nevers et se prépare ainsi à une future vie de coach. « On arrive à jongler », affirme Ludovic Rodriguez, qui avec son épouse Jennifer accompagne et guide une double « passion » aux retombées raisonnables : « C’est important pour leur développement, elles apprennent à gérer la pression, elles connaissent le goût de l’effort et l’exigence du travail. »

Sans être infernales, les cadences restent soumises à la règle familiale : l’école d’abord. En Terminale au Centre scolaire Notre-Dame, Ana Rodriguez a un œil sur Parcoursup, l’autre sur le Bâton d’or. « J’aimerais être opticienne, ou infirmière », explique-t-elle, consciente que sa carrière de twirleuse déclinera quand son cursus universitaire démarrera. Les cartons débordent de ses coupes et médailles, récoltées lors des championnats de France ou d’Europe, et l’an dernier en Coupe du monde, où elle s’est classée dans le Top 20.

Si la saison 2019 fut la meilleure, 2020 se profile bien. Déjà qualifiée pour les championnats du monde par équipes, la twirleuse neversoise sait que l’année n’aura un éclat particulier que si elle passe en finale, dimanche après-midi, et touche du doigt son rêve, graver son nom dans la légende du Bâton d’or. Et remporter le gros lot, un voyage aux Etats-Unis, le paradis du twirling baton, sous les yeux de ses coachs et de la famille : « J’ai envie de les rendre fiers. ».

  1. La Ville de Nevers lui réserve depuis cette année des créneaux d’entraînement au gymnase Léo-Lagrange et à la Maison des Sports.

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