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Entre le recueil du 3e concours d’écriture de Nevers Agglomération et l’affiche de Nevers Plage, l’actualité estivale en son pays aura été riche pour l’illustrateur Cyrille Berger. Le Bourbonnais installé en famille à Nevers depuis 2008 a fait partager aux classes lauréates du concours sa vocation d’enfance et sa rigueur de travail qui canalise son sens inné de la « déconnade » élevée au rang d’art graphique.

Il arrive avec sa valise rectangulaire de colporteur et son sourire qui étire son masque et plisse ses yeux derrière les lunettes. Rompu à l’exercice pédagogique grâce à ses quatre heures hebdomadaires d’enseignement de l’infographie aux lycéens d’Alain-Colas, Cyrille Berger a démonté avec un humour décontracté les rouages de son travail d’illustrateur sous les yeux des collégiens de Fénelon (Nevers) et Henri-Wallon (Varennes-Vauzelles) et des CM1 de Garchizy, tous lauréats du 3e concours d’écriture de Nevers Agglomération.

Après Virginie Rapiat en 2019 et Sarah Belin en 2020, l’artiste neversois s’est plié à l’exercice de l’illustration des textes primés dans ce concours. Une commande inhabituelle mais abordée avec une curiosité gourmande par ce spécialiste du dessin de presse, dont l’humour fait la joie des abonnés des newsletters Satellifax et Brief Eco. Lors de ses visites dans les trois établissements, Cyrille Berger a livré quelques facettes de son travail d’artiste indépendant, extirpant au fur et à mesure les exemples de sa valise à malice.

Au jeu des questions-réponses avec les élèves, il remonte le fil de son parcours jusqu’au départ de sa vocation. « J’ai commencé à dessiner quand j’avais votre âge », explique-t-il aux écoliers garchizois. Originaire de Moulins, fils d’un serrurier patron de sa TPE et d’une agent de l’Armée de terre, l’amateur de Fluide glacial et des « antihéros » de Goosens, Mas ou Pétillon part au lycée de Presles, à Cusset, pour préparer un bac A3 (lettres et arts plastiques). Une année d’école privée à Paris puis cinq ans aux Arts décoratifs de Strasbourg polissent un cursus pour le grand saut dans le bain du travail.

Son goût de l’indépendance s’ébroue après chez trois ans chez Ubisoft et huit mois dans une start-up. A son compte depuis plus de vingt ans, Cyrille Berger raconte sans fard à son jeune public les recettes annuelles en montagnes russes, les fréquents « refus » à digérer ou le contrat « très rémunérateur » avec une marque de cirage qui permet de s’acheter une maison. Bref, brossé le tableau d’un travail solitaire, exigeant mais joyeux : « J’ai la chance de faire un métier que j’aime, je suis béni. »

Aux élèves de Fénelon, qui ont participé au concours avec le Club des jeunes plumes animé par leur professeur documentaliste Claire Béguin, il détaille son « trait un peu fantaisiste et cartoon », ainsi que son attrait pour le dessin de presse : « On me paie pour faire rire le lecteur parce que les articles sont souvent très sérieux. » L’affiche commandée par la Ville de Nevers pour l’édition 2021 de Nevers Plage pousse son sens de la saynète sur grand format, avec sa collection de personnages – le maître nageur bellâtre et ses groupies, les rois de la plongée, les sternes consternées, etc. – à déguster comme une brochette de tranches de vie.

Après coup, au calme de son bureau capharnaüm aménagé dans la maison de centre-ville où il s’est installé en 2008 avec sa femme Béatrice Rodriguez, illustratrice elle aussi, et leurs quatre enfants, Cyrille Berger décode sa méthode : « Je suis un rebondisseur, j’ai besoin qu’on me donne une matière pour mieux la déformer. Et j’aime bien qu’on me permette d’utiliser ma déconnade. » Pour garder affûté son sens de l’humour, il nourrit un « petit carnet de recettes » et se régale, depuis deux ans, du ping-pong du théâtre d’improvisation avec les Toxinelles.

« Prosélyte » du vélo, qu’il défend avec la Vélorution universelle (passée par Nevers en 2018) et pratique lors de longs périples dont il tient chronique sur sa page Facebook, Cyrille Berger mène en parallèle une carrière de DJ sous le pseudonyme Didier Salade : « J’ai commencé à mixer aux Arts décoratifs. Je me suis professionnalisé en me formant au Café Charbon et en investissant dans du matériel»

Les visiteurs de la Journée D’REVE l’ont ainsi vu mixer musique, fruits et légumes dans sa Disco Soupe loufoque et engagée. Les invités des mariages qu’il animait se souviennent sans doute aussi de son ancien pseudo – DJ Divorce… « Je devais faire les Zaccros et les Petites Rêveries », soupire-t-il. Le coronavirus a envoyé valser les dates, suscité en lui des « mini-angoisses, surtout familiales » et généré « une sorte de frilosité » collective qu’il déplore. Mais qui n’éteint pas l’envie d’actions associatives et citoyennes à bas bruit « pour faire vivre la cité par le bas et non par le haut ».

Le cap du demi-siècle récemment passé, Cyrille Berger commence à voir des reflets de bilan dans son œuvre : « J’aimerais faire un jour une exposition qui tournerait dans les festivals de cinéma », confie-t-il en montrant une sélection savoureuse de ses dessins pour Satellifax. « Mais mon Graal, ce serait d’être édité par une maison spécialisée dans le dessin d’humour. ».

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