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Pendant plus de trois ans, le théâtre du Temps pluriel a semé puis récolté les mots de Nivernais de tous horizons. De ces ateliers d’écriture a fleuri un spectacle, Ainsi en est-il du courage des oiseaux, mêlant acteurs professionnels et amateurs. Une œuvre intense, émouvante et percutante, à découvrir pour – déjà – sa dernière représentation, dimanche 2 février à 17 h, au Théâtre municipal (entrée gratuite).

Henriette n’est pas sur scène, son grand âge l’en empêche, mais sa voix enregistrée résonne dans le silence de la salle Lauberty. Huit décennies de vie découpées en phrases simples et fortes, des souvenirs, des images, des douleurs au creux des mots. Puis le silence, à nouveau. L’octogénaire neversoise a participé aux ateliers d’écriture organisés par le Théâtre du Temps pluriel. « La première fois, elle n’a pas écrit un mot. Puis il y a eu une phrase, puis deux. Et à la fin, c’était une page », raconte Anne-Laure Pons, l’une des cofondatrices de la troupe en 2009, qui a porté pendant trois ans et demi un projet pétri des valeurs de l’éducation populaire – la désacralisation de l’art et de la culture.

Les ateliers ont rassemblé des volontaires de tous horizons sociaux et générationnels, en s’appuyant sur des partenaires comme la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), l’Ecole de la 2e chance, les Petits Frères des pauvres, le CCAS, etc. « Faire venir des gens qui sont en difficultés sociales ou économiques, c’est très compliqué s’il n’y a pas d’accompagnement. »

Même si la fréquentation n’a pas été à la hauteur des espérances, le rêve d’un « grand écart » comblé entre les publics a été exaucé, « surtout lors des ateliers des après-midis », explique Anne-Laure Pons, qui a animé les séances avec Françoise Le Golvan. Les lieux n’étaient pas anodins : foyer du Théâtre municipal, médiathèque, musée, Maison de la culture, des « lieux culturels » dont certains ne s’autorisaient pas, jusqu’alors, à franchir le seuil.

De ces trois années passées à semer les mots puis à les récolter, Anne-Laure Pons garde des souvenirs éblouis, du lent apprivoisement de la langue à la délicate libération de la parole. Comme un oiseau sautant du nid pour son premier envol : « Il y a toujours des blocages, quel que soit le public, mais notre préalable, c’était la bienveillance. Chacun lisait son texte à la fin de la séance, et on était à l’écoute, sans interrompre. Chacun pouvait écrire ce qu’il voulait, il n’y avait pas de note, c’était agréable d’être confronté au regard de l’autre. Les jeunes étaient passionnés par les textes des plus âgés. C’est un peu cucul mais il y a eu des magies que les gens ne soupçonnent pas, qui sont révélées grâce au regard de l’autre. Si on met la bienveillance en préalable à toute action de transmission, c’est gagné. »

Il revenait au metteur en scène Olivier Broda de bâtir une œuvre cohérente à partir d’une matière aussi riche et protéiforme. Aphorismes, chansons, tirades poétiques, et même slam : le spectacle Ainsi en est-il du courage des oiseaux saisit par sa force, sa qualité littéraire que ne renieraient pas de « vrais » professionnels de l’écriture. Sur scène, Anne-Laure Pons et Françoise Le Golvan font troupe avec des comédiens amateurs issus des ateliers. Seul regret, la mixité sociale de l’écriture s’est brisée là : « Il n’y a pas de gens en difficulté parmi les comédiens. C’est un petit échec, mais on s’y attendait. Ceux qui ne pouvaient pas être présents ont été enregistrés. »

Pour l’heure, le projet au long cours se conclut par deux représentations ; la seconde aura lieu dimanche 2 février, à 17 h, au Théâtre municipal. Elle aura une portée singulière pour Anne-Laure Pons,  installée désormais à Rennes, qui vivra là l’épilogue de dix ans d’une histoire artistique et humaine avec le Théâtre du temps pluriel : « C’est mon dernier projet. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour Nevers et pour la Nièvre. »

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