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Enfant, elle dévorait les Jeux olympiques à la télé. Le 24 juillet, Mamignan Touré vivra son premier match des JO de Tokyo, avec l’équipe de France de basket 3 x 3, l’une des favorites de la compétition. Une première pour la Neversoise de 26 ans, n°2 mondiale de la discipline, passée des dribbles enfantins sur les terrains de la Baratte au rythme d’ascète du basket professionnel. Une affaire de travail et de talent, de sacrifices et de passion.

Le basket 3 x 3 fera ses grands débuts au Jeux olympiques de Tokyo, du 24 au 28 juillet. Une discipline paradoxale, médiatiquement inconnue mais presque aussi vieille que le basket, qui se joue sur un seul panier, à trois contre trois, donc. « En fait, le 3 x 3 existe depuis toujours, dans les playgrounds et dans la rue. J’y joue depuis toute petite, sans m’en rendre compte », sourit la Neversoise Mamignan Touré, membre de l’équipe de France qui a arraché sa place pour Tokyo lors du Tournoi de qualification olympique (TQO) de Graz (Autriche) en mai.

Les Bleues font partie des favorites pour le podium : « Nous sommes doubles championnes d’Europe en titre, nous avons terminé troisièmes de la Coupe du monde, et nous avons remporté les Women World Series. Nous pouvons prétendre à quelque chose », précise-t-elle prudemment. Ni fanfaronnade ni arrogance dans le discours de Mamignan Touré, loin des egos criards qui abondent dans l’iconographie du basket pro – américaine et masculine, surtout. A tel point qu’il faut insister pour qu’elle détaille ses faits d’armes individuels. Eloquents : « Je suis numéro 2 mondiale, j’ai été numéro 1 pendant deux ans. J’ai été MVP (most valuable player, meilleure joueuse) du championnat d’Europe 2018 et des Women World Series 2019. Et je suis dans l’équipe type du TQO. »

Le tout est dit sans rouler des deltoïdes, au volant de sa voiture, depuis le Sud-Ouest où elle entretient sa forme en attendant le début de la préparation olympique, fin juin. L’année 2021 aura déjà été belle pour Mamignan Touré, vainqueur de la Coupe de France et vice-championne de France avec son club de Lattes-Montpellier, mais en 5 x 5, le basket « classique ». La jeune femme passe de l’un à l’autre depuis sa découverte du 3 x 3 en 2012, quand elle était pensionnaire à l’Insep : « Je m’y suis mise vraiment en 2015, quand j’étais en club à Landerneau. Je m’étais blessée, et j’ai fait le championnat de France universitaire de 3 x 3 avec la fac de Brest. Ça m’a aidée dans ma guérison, et j’ai pris énormément de plaisir, je me suis sentie libérée et responsabilisée. Le 3 x 3 m’a donné un gain de confiance énorme, ça demande beaucoup plus de polyvalence que le 5 x 5, il faut attaquer et défendre sur n’importe qui. »

Depuis quelques années, Mamignan Touré mène une vie de « basketteuse hybride » à 3 ou à 5, fait son affaire des transitions « pas faciles à gérer » dans une double carrière bien tassée de sportive de haut niveau qui lui laisse quand même le temps de lancer son académie pour les jeunes, la Lokosso Academy (1). « J’ai toujours adoré le basket, mais je ne me suis jamais dit que j’allais devenir professionnelle », confie-t-elle. « Mais je me suis donné les moyens. Ce n’était pas facile, c’est des sacrifices, être éloigné de sa famille, de ses proches, ne pas avoir vraiment de vacances. Quand j’étais ado, tous mes loisirs tournaient autour du basket, je n’allais pas au ciné avec les potes, je ne faisais pas de sorties. Je vis dans une bulle basket, et si j’en sors, je réalise qu’il y a un autre monde. »

Son monde d’avant, c’est celui de son enfance à Nevers, où elle vient au basket naturellement : « Ma mère et ma tante y jouaient, mes sœurs aussi. J’étais très active, très dynamique, alors à 3-4 ans, j’ai commencé à jouer à l’EBFN (l’entente Fourchambault-Nevers, NDLR), au stade de la Baratte. J’étais volontaire, je faisais les stages, les rassemblements. » Rapidement surclassée, Mamignan Touré intègre les sélections départementales et régionales, sans faire de plan pour la suite : « Le basket a toujours été sérieux pour moi. Je joue par passion, mais je ne savais pas qu’il y avait des centres de formation. Le premier déclic, c’est quand j’ai intégré le Pôle Espoirs de Vichy, à 13 ans. »

Interne au CREPS, joueuse à Clermont-Ferrand, l’adolescente est repérée avec la sélection d’Auvergne : « Tout s’est enchaîné. Après mes deux ans à Vichy, je suis allée au Pôle France, le Centre fédéral à l’Insep, je suis entrée en équipe de France U15. » A l’Insep, la plus prestigieuse pépinière du sport de haut niveau français au Bois de Vincennes, la Neversoise mène de front basket et études : « Je ne suis jamais allée dans un lycée normal. Ce sont les profs qui venaient nous faire cours à l’Insep. J’ai passé un bac ES. Ce n’était pas concevable que je ne fasse pas d’études. Je suis allée en STAPS, j’ai décroché mon CAPEPS, et j’ai été titularisée, après mon année de stage en lycée professionnel. Comme ça, j’ai assuré mon après-carrière ; quand on est sportif de haut niveau, on n’est à l’abri de rien, de la blessure, des difficultés d’un club. »

Avec son diplôme pour filet de sécurité, Mamignan Touré peut savourer sans frein sa vie de basketteuse professionnelle, une vie « nomade » qui l’a menée à Arras, Landerneau, Lyon, Nice, Mont-de-Marsan, Braine (Belgique) et Montpellier, désormais, avec laquelle elle jouera l’Euroligue l’an prochain : « J’avance step by step, et j’ai bien envie que ça continue. » Si ses années EBFN sont loin, la grande (1,80 m) ailière garde un lien familial et affectif avec sa ville et son département d’origine : « Je sais que dans la Nièvre on me supporte et on m’accompagne. » Et que, malgré le décalage horaire, les Nivernais seront nombreux devant leur écran, fin juillet, pour voir l’enfant du pays exaucer son rêve olympique.

  1. L’académie organise des « camps » (stages) de découverte et de perfectionnement du basket 3 x 3 pour les 15-18 ans et les 18-23 ans. Détails sur lokossocamp.com/

J’ai toujours adoré le basket, mais je ne me suis jamais dit que j’allais devenir professionnelle

Mamignan Touré

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