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Le commerce de lingerie est un art délicat, brodé d’empathie, d’écoute et de discrétion. Gérante de Minouche et de Dessous Chics, derniers survivants de ce domaine au centre-ville de Nevers, Véronique Beaudey peaufine son sens du contact depuis un quart de siècle. En restant à l’affût des flux du commerce, qui l’ont incitée à déménager, avec succès, Dessous Chics vers l’épicentre de la rue François-Mitterrand.

On ne sait si le nom du magasin est un hommage au bouleversant classique de Birkin et Gainsbourg, sorti en 1983, mais Dessous Chics, à écouter sa gérante (depuis 2012) Véronique Beaudey, incarne l’esprit d’un commerce à part, celui de la lingerie, héroïne de la chanson triste comme une rupture : « Les dessous chics / C’est la pudeur des sentiments / Maquillés outrageusement / Rouge sang. / Les dessous chics / C’est se garder au fond de soi / Fragile comme un bas de soie. »

En écho, les mots de Véronique Beaudey effleurent le mystère de la relation client – cliente, surtout – basée sur la confiance, l’écoute, la délicatesse : « Le commerce de lingerie, c’est un domaine particulier. Il faut être en empathie, aimer les gens, car on entre dans leur intimité. Parfois, je connais leur vie mieux que leur propre sœur. » Dans ces liens, qui transcendent la banale transaction commerciale, s’est tissée une fidélisation qui a permis à la gérante de Dessous Chics et de son aînée Minouche (achetée en 1997) de traverser la période de confinement puis de déconfinement : « J’ai reçu beaucoup de messages de clients mais aussi de fournisseurs », apprécie la commerçante, qui a souscrit deux emprunts, pendant la fermeture imposée de ses boutiques, pour « payer les fournisseurs ».

En juin, à quelques semaines du début des soldes, le moral était au beau fixe : « Les gens sont plutôt acheteurs, bienveillants. J’espère que ça ne sera pas éphémère. Pendant le confinement, je n’ai pas voulu faire de vente en ligne, car nous avons un rôle important de conseil, et l’essayage est un aspect important. » Ses deux salariées, au chômage partiel de mi-mars à mi-mai, sont revenues à mi-temps puis à temps plein début juin : « Quand nous avons rouvert, j’ai eu beaucoup de mal à me concentrer sur mon travail, puis au bout de deux-trois jours, c’est passé », sourit Véronique Beaudey, peu sujette à l’apitoiement sur soi.

Cisaillée par la pandémie, l’année 2020 aura été décidément singulière, avec en janvier le transfert de Dessous Chics en plein cœur de la rue François-Mitterrand, à 200 mètres à peine de son emplacement d’origine, dans la même rue mais en lisière de la place Mancini, au-delà de la fatidique place Saint-Sébastien qui ligature de façon invisible la principale artère commerciale neversoise : « Après Dornier et Barsse (deux magasins de la place Saint-Sébastien, NDLR), vous ne faites plus partie de la promenade du samedi. Cela faisait près de deux ans que je réfléchissais à un déménagement. La boutique avait un côté cocooning mais elle était trop petite et elle commençait à être vieillotte. Plutôt que tout refaire, j’ai préféré déménager. »

Véronique Beaudey jette son dévolu sur l’ancien It Style : « J’ai saisi cette opportunité. J’ai racheté le fonds en octobre 2019, les travaux ont commencé en novembre. On a tout refait, tout remis aux normes (1), y compris les cabines qui peuvent accueillir des personnes handicapées. Je voulais que tout soit prêt avant les soldes, en janvier. » Les trois premiers mois, jusqu’à la pause Covid, récompensent l’investissement : « L’activité était en hausse, les clientes étaient contentes d’avoir un nouvel espace, plus moderne, dans lequel on a pu créer des univers. J’ai plus de passage qu’avant, il y a des gens qui regardent, qui entrent faire un petit tour. Ce n’était pas le cas avant. Ça confirme que le commerce doit vraiment se regrouper sur le centre-ville. »

Le commerce neversois, Véronique Beaudey en a suivi toutes les évolutions, tous les tourments, les hauts et les bas, depuis son arrivée à Nevers, en 1995. « Je suis parisienne mais mes parents sont neversois. Ils étaient commerçants, et j’ai toujours baigné dans le commerce », explique-t-elle. Diplômée d’une école de commerce, elle travaille brièvement à Paris avant de mettre le cap sur Nevers : « J’avais envie d’avoir un commerce à moi. » C’est par le sport qu’elle entend parler de Minouche : « Je jouais au tennis avec une commerçante de l’avenue du Général-de-Gaulle, qui m’a dit que la gérante de ce magasin cherchait à vendre. Je l’ai rencontrée, elle m’a expliqué les rouages du commerce de lingerie, que je ne connaissais pas. Quand j’ai racheté Minouche, j’ai laissé la boutique dans son jus, pendant deux-trois ans, pour ne pas brusquer les clientes. Puis j’ai fait de gros travaux de modernisation. »

A l’époque, le commerce de lingerie est encore bien implanté en centre-ville : « Il y avait Nuit et Jour, Fanfreluches, Belline, Dessous Chics, Minouche. Et on ne se marchait pas sur les pieds. Aujourd’hui, on n’est plus que deux. Mais je crois au phénomène des cycles. En centre-ville, on a une carte à jouer sur l’accueil et le conseil. Apporter des choses qu’on ne trouve pas en supermarchés. On doit aussi se démarquer sur la qualité. » Le temps des dessous cheap est révolu, ou en passe de l’être : « Les clientes en reviennent, et les jeunes aussi s’en rendent compte. »

  1. Pour ses travaux de rénovation et de mise aux normes, Véronique Beaudey a bénéficié de l’aide à l’immobilier commercial et artisanal accordée par Nevers Agglomération, qui s’élève à 20 % du montant hors taxes des travaux éligibles. Soit 6 700 € sur 33 000 €.

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